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Pourquoi transpire-t-on plus que les autres ?

Certains ruissellent, d'autres transpirent à peine, au même effort. On y voit souvent un signe de forme ou de manque d'entraînement. La science raconte une histoire plus nuancée, et parfois surprenante.

En résumé :

  • Contrairement à une idée reçue, le nombre de glandes sudoripares ne serait pas fixé par le climat de l'enfance, et il ne prédit pas la capacité réelle à évacuer la chaleur.
  • La morphologie corporelle influence à la fois la densité de glandes et la production de chaleur, deux effets qui peuvent se compenser.
  • Le sexe et le niveau d'entraînement modifient nettement l'efficacité et le déclenchement de la transpiration.
  • Une transpiration précoce et abondante peut être un signe de bonne acclimatation à la chaleur plutôt qu'un problème.
  • Une transpiration disproportionnée ou très localisée peut relever de l'hyperhidrose, qui touche environ 5 % de la population.

Dans une même salle, à la même intensité d'effort, certaines personnes ruissellent de sueur pendant que d'autres semblent à peine transpirer. Cette différence est souvent interprétée à tort comme un signe d'entraînement insuffisant, de mauvaise condition physique, ou au contraire d'un effort plus intense.

La réalité est plus intéressante : la quantité de sueur produite dépend d'un ensemble de facteurs individuels, dont certains sont fixés bien avant l'âge adulte, et d'autres évoluent avec l'entraînement.

Voici ce que la recherche explique sur cette variabilité, et pourquoi transpirer beaucoup n'est ni un problème ni une preuve de performance.

Sommaire

Le nombre de glandes sudoripares n'explique pas tout

Une hypothèse ancienne et largement répandue veut que le nombre de glandes sudoripares actives soit déterminé une fois pour toutes dans l'enfance, en fonction du climat dans lequel on a grandi.

Des travaux de recherche plus récents nuancent fortement cette idée. Une étude a mesuré la densité de glandes sudoripares actives sur plusieurs zones du corps chez des adultes, avec une variation considérable d'une personne à l'autre, allant de 60,9 à 132,7 glandes par centimètre carré selon les zones et les individus.

Fait notable : le climat de l'enfance n'est pas ressorti comme un facteur prédictif significatif de cette densité chez les adultes étudiés. Plus surprenant encore, la densité de glandes ne prédisait pas non plus la capacité réelle à dissiper la chaleur chez des coureurs entraînés. Ce qui comptait davantage, c'était la quantité de sueur produite par chaque glande, pas leur nombre.

Le rôle de la morphologie et de la production de chaleur

La même étude a mis en évidence un lien négatif entre la surface corporelle et la densité de glandes sudoripares : plus la surface de peau est grande, plus la densité de glandes par centimètre carré tend à être faible.

Cela ne signifie pas qu'une personne plus grande transpire nécessairement moins au total. Une masse corporelle plus importante produit aussi davantage de chaleur métabolique à dissiper pendant l'effort, ce qui peut compenser, voire inverser, cette différence de densité locale.

C'est la combinaison entre production de chaleur et capacité à l'évacuer qui détermine la quantité de sueur produite, pas un seul de ces facteurs pris isolément.

Sexe et niveau d'entraînement : deux facteurs qui changent la donne

Une étude japonaise a comparé la réponse sudorale d'hommes et de femmes, entraînés et non entraînés, pendant un effort progressif en ambiance chaude.

Les femmes non entraînées ont montré la réponse sudorale la moins efficace du groupe, avec une température corporelle plus élevée nécessaire avant le déclenchement de la transpiration. L'entraînement a amélioré cette réponse chez les deux sexes, mais l'amélioration s'est révélée plus marquée chez les hommes, un effet en partie attribué au rôle de la testostérone dans le déclenchement de la sudation.

Cela signifie concrètement qu'à effort identique, deux personnes de sexe différent, ou de niveaux d'entraînement différents, peuvent légitimement transpirer de façon très différente sans que cela reflète un écart de forme physique ponctuel.

L'acclimatation à la chaleur, un facteur qu'on peut entraîner

Contrairement à la densité de glandes sudoripares, la sensibilité de la réponse sudorale n'est pas figée : elle s'améliore avec l'exposition répétée à la chaleur et à l'effort.

Une personne acclimatée transpire généralement plus tôt, à une température corporelle plus basse, ce qui lui permet de réguler sa température plus efficacement plutôt que de laisser la chaleur s'accumuler avant de réagir.

Une transpiration abondante et précoce peut ainsi être le signe d'une bonne acclimatation, plutôt qu'un signe de mauvaise condition physique. Notre article sur s'entraîner quand il fait chaud détaille comment favoriser cette adaptation en toute sécurité.

Quand la transpiration excessive relève d'autre chose

Dans certains cas, une transpiration très abondante ne s'explique plus par ces facteurs physiologiques normaux, mais par une condition à part appelée hyperhidrose.

Une revue récente situe la prévalence de l'hyperhidrose primaire, idiopathique et localisée, autour de 4,6 à 5,5 % de la population selon les pays étudiés. Elle apparaît le plus souvent entre 14 et 25 ans, touche principalement les aisselles, les paumes ou la plante des pieds, et présente un caractère familial dans 30 à 65 % des cas.

Une hyperhidrose secondaire, liée à une autre condition médicale ou à un traitement, reste également possible, avec une prévalence qui augmente après 60 ans. Une transpiration disproportionnée, localisée, ou qui affecte significativement le quotidien justifie une consultation médicale plutôt qu'une simple adaptation de l'hydratation.

Ce que cela change concrètement pour l'hydratation

  • Ne pas comparer sa transpiration à celle d'un partenaire d'entraînement : sexe, morphologie et niveau d'acclimatation suffisent à expliquer des écarts importants ;
  • adapter son hydratation à sa propre perte hydrique réelle plutôt qu'à une moyenne générale, en se pesant avant et après une séance représentative ;
  • tenir compte du fait qu'une transpiration abondante s'accompagne aussi d'une perte plus importante de sodium et d'autres électrolytes, comme détaillé dans notre article sur électrolytes et hydratation après l'effort ;
  • laisser le temps à l'acclimatation à la chaleur de s'installer plutôt que de considérer une transpiration abondante comme un problème à corriger immédiatement.

Ce qu'il faut retenir

  • Le nombre de glandes sudoripares varie fortement d'une personne à l'autre, mais contrairement à une idée répandue, il ne serait pas fixé par le climat de l'enfance et ne prédit pas la capacité réelle à évacuer la chaleur.
  • La morphologie corporelle influence à la fois la densité de glandes et la quantité de chaleur produite, deux effets qui peuvent se compenser.
  • Le sexe et le niveau d'entraînement modifient nettement l'efficacité et le déclenchement de la réponse sudorale.
  • L'acclimatation à la chaleur s'entraîne : une transpiration précoce et abondante peut être un signe d'adaptation plutôt qu'un problème.
  • Une transpiration disproportionnée ou très localisée peut relever de l'hyperhidrose, une condition qui touche environ 5 % de la population et justifie un avis médical.

Transpirer plus qu'une autre personne au même effort ne dit donc pas grand-chose de sa condition physique. C'est le résultat d'une combinaison propre à chacun entre morphologie, sexe, niveau d'acclimatation et parfois facteurs médicaux, bien plus qu'un indicateur fiable de performance.

Sources scientifiques

  • Ichinose-Kuwahara T, Inoue Y, Iseki Y, Hara S, Ogura Y, Kondo N. Sex differences in the effects of physical training on sweat gland responses during a graded exercise. Experimental Physiology. 2010;95(10).
  • Best AW. Diversity and evolution of human eccrine sweat gland density. Thèse de doctorat, University of Massachusetts Amherst. 2021.
  • Schreiner W, Rapprich S, Rzany B, Wiegering A. Hyperhidrosis: Prevalence, Diagnosis, and Stepwise Treatment. Deutsches Ärzteblatt International. 2026;123(9):253-260.