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Pendant de nombreuses années, les pratiquants de musculation entendaient tous le même conseil : manger toutes les deux ou trois heures.
L'objectif semblait évident : maintenir un apport constant en protéines afin d'alimenter les muscles en permanence et favoriser leur développement.
Cette recommandation a conduit de nombreux sportifs à multiplier les collations jusqu'à atteindre cinq, six, voire sept prises alimentaires par jour.
Mais cette stratégie est-elle réellement indispensable ? Peut-on développer sa masse musculaire en ne prenant que trois repas quotidiens ?
Les connaissances scientifiques ont beaucoup évolué ces dernières années. Aujourd'hui, les chercheurs s'intéressent davantage à la quantité totale de protéines consommées, à leur qualité et à leur répartition au cours de la journée qu'au simple nombre de repas.
Voyons ce que montrent les études.
- Pourquoi recommande-t-on souvent de manger plusieurs fois par jour ?
- Ce qui déclenche réellement la construction musculaire
- La quantité totale de protéines reste le facteur principal
- Trois repas peuvent-ils suffire ?
- Quand les collations deviennent-elles intéressantes ?
- Exemple d'une journée à trois repas
- Ce qu'il faut retenir
Pourquoi recommande-t-on souvent de manger plusieurs fois par jour ?
Cette recommandation trouve son origine dans les premières recherches sur la synthèse des protéines musculaires.
Après un repas riche en protéines, l'organisme augmente temporairement la synthèse protéique musculaire (Muscle Protein Synthesis ou MPS), c'est-à-dire le processus qui permet de réparer et de construire les fibres musculaires.
Cette augmentation dure généralement quelques heures avant de revenir progressivement à son niveau de base.
Les chercheurs ont alors supposé que multiplier les repas permettrait de relancer plus souvent cette synthèse protéique.
L'idée paraît logique :
- plus de repas ;
- plus de stimulations ;
- donc plus de muscle.
Mais la réalité est un peu plus complexe.
Ce qui déclenche réellement la construction musculaire
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas le simple fait de manger qui stimule la construction musculaire.
Ce sont principalement les acides aminés essentiels, et plus particulièrement la leucine, qui jouent le rôle de signal.
Lorsque l'organisme reçoit une quantité suffisante de protéines de qualité, la synthèse protéique est activée pendant plusieurs heures.
Passé un certain seuil, ajouter davantage de protéines au même repas n'augmente pas proportionnellement cette réponse.
Les chercheurs parlent parfois d'un phénomène de muscle full effect : le muscle devient temporairement moins sensible aux acides aminés après avoir été suffisamment stimulé.
Autrement dit, manger une petite quantité de protéines toutes les heures n'est pas forcément plus efficace que consommer une quantité suffisante lors de trois repas bien construits.
Ce n'est pas la fréquence des repas qui stimule le muscle, mais la capacité de chaque repas à apporter suffisamment de protéines de qualité.
La quantité totale de protéines reste le facteur principal
Aujourd'hui, le consensus scientifique est clair : le premier facteur influençant le développement de la masse musculaire reste la quantité totale de protéines consommée sur l'ensemble de la journée.
Pour les personnes pratiquant régulièrement la musculation, les recommandations actuelles se situent généralement entre 1,4 et 2,2 g de protéines par kilogramme de poids de corps et par jour, selon les objectifs, le volume d'entraînement et le niveau sportif.
Une fois cette quantité atteinte, la manière de répartir les protéines devient un facteur secondaire, même si elle conserve une certaine importance.
Prenons un exemple.
Deux sportifs de 80 kg consomment chacun 160 g de protéines par jour.
- Le premier les répartit sur six repas.
- Le second les répartit sur trois repas apportant environ 50 à 55 g de protéines chacun.
Dans les deux cas, les besoins quotidiens sont couverts.
Les études montrent que les différences de prise de masse musculaire sont alors beaucoup plus faibles qu'on ne l'a longtemps imaginé, à condition que chaque repas apporte une quantité suffisante de protéines de qualité.
Trois repas peuvent-ils suffire ?
Oui, dans la majorité des situations.
Trois repas quotidiens permettent parfaitement de développer sa masse musculaire si plusieurs conditions sont réunies :
- les besoins énergétiques sont couverts ;
- les apports en protéines sont suffisants ;
- chaque repas contient une quantité adaptée de protéines ;
- l'entraînement est progressif ;
- la récupération est de qualité.
En pratique, cela signifie qu'un sportif consommant 150 g de protéines par jour peut très bien les répartir de la façon suivante :
- petit-déjeuner : 45 à 50 g ;
- déjeuner : 50 g ;
- dîner : 50 à 55 g.
Chaque repas apporte alors suffisamment d'acides aminés essentiels pour stimuler efficacement la synthèse protéique.
Le nombre de repas devient alors une question d'organisation personnelle plutôt qu'une obligation physiologique.
Quand les collations deviennent-elles intéressantes ?
Si trois repas peuvent suffire pour développer sa masse musculaire, cela ne signifie pas que les collations sont inutiles.
Dans certaines situations, elles peuvent même devenir particulièrement intéressantes.
Lorsque les besoins énergétiques sont très élevés
Un sportif en prise de masse, un athlète d'endurance ou une personne ayant une dépense énergétique importante peut avoir besoin de consommer plus de 3 500 ou 4 000 kcal par jour.
Dans ce contexte, répartir les apports sur seulement trois repas peut devenir difficile.
Ajouter une ou deux collations permet alors d'augmenter plus facilement les apports énergétiques sans devoir réaliser des repas particulièrement volumineux.
Lorsque l'appétit est limité
Certaines personnes ont tout simplement du mal à manger de grandes quantités en une seule fois.
Répartir les protéines et les calories sur plusieurs prises peut améliorer le confort digestif tout en facilitant l'atteinte des objectifs nutritionnels.
Pour optimiser la récupération après l'entraînement
Si une séance est réalisée plusieurs heures avant le repas suivant, une collation riche en protéines peut permettre d'apporter rapidement les acides aminés nécessaires à la récupération musculaire.
Ce n'est pas une obligation, mais une stratégie pratique lorsque les horaires de repas sont éloignés.
Pour des raisons d'organisation
Le meilleur plan alimentaire est souvent celui que l'on peut suivre durablement.
Certaines personnes préfèrent trois repas copieux. D'autres se sentent mieux avec quatre ou cinq prises plus légères.
Aucune stratégie n'est universellement supérieure. L'essentiel est qu'elle permette de couvrir les besoins nutritionnels de manière régulière.
Faut-il répartir les protéines sur chaque repas ?
Oui, c'est probablement l'un des points les plus importants.
Si les études montrent que trois repas peuvent suffire, elles soulignent également l'intérêt d'une répartition relativement homogène des protéines au cours de la journée.
Prenons deux exemples.
Premier cas :
- Petit-déjeuner : 10 g de protéines ;
- Déjeuner : 25 g ;
- Dîner : 85 g.
Deuxième cas :
- Petit-déjeuner : 40 g ;
- Déjeuner : 40 g ;
- Dîner : 40 g.
Ces deux journées apportent une quantité totale proche de protéines, mais la seconde semble plus favorable pour stimuler la synthèse protéique à plusieurs reprises dans la journée.
L'objectif n'est donc pas seulement d'atteindre son quota quotidien, mais également de construire des repas suffisamment riches en protéines de qualité.
Exemple d'une journée à trois repas
Voici un exemple simplifié pour un sportif visant environ 150 g de protéines par jour.
Petit-déjeuner
- Flocons d'avoine ;
- Skyr ;
- Œufs ;
- Fruits.
≈ 45 à 50 g de protéines
Déjeuner
- Blanc de poulet ;
- Riz ;
- Légumes ;
- Yaourt riche en protéines.
≈ 50 g de protéines
Dîner
- Saumon ou steak haché ;
- Pommes de terre ;
- Légumes ;
- Fromage blanc.
≈ 50 g de protéines
Ce type d'organisation permet déjà de couvrir les besoins de nombreux pratiquants de musculation sans avoir recours à plusieurs collations.
Selon les préférences de chacun, une whey ou une autre source de protéines peut également remplacer ou compléter certains aliments lorsque cela facilite les apports quotidiens.
Prendre du muscle ne dépend pas du nombre de repas, mais de l'association entre un entraînement adapté, un apport énergétique suffisant et des protéines consommées en quantité adéquate.
Ce qu'il faut retenir
L'idée selon laquelle il faudrait impérativement manger cinq ou six fois par jour pour développer sa masse musculaire est aujourd'hui largement remise en question.
Les données scientifiques montrent que la quantité totale de protéines consommée chaque jour reste le facteur le plus important.
Trois repas quotidiens peuvent parfaitement permettre de prendre du muscle, à condition :
- de couvrir ses besoins énergétiques ;
- d'apporter suffisamment de protéines ;
- de répartir ces protéines de manière relativement homogène ;
- de suivre un entraînement progressif ;
- de récupérer correctement.
Les collations peuvent être utiles dans certaines situations, notamment lorsque les besoins énergétiques sont élevés ou que les contraintes d'organisation le justifient, mais elles ne constituent pas une obligation.
En pratique, le meilleur rythme alimentaire est avant tout celui que vous pouvez maintenir durablement tout en atteignant vos objectifs nutritionnels.
Sources scientifiques
- Morton RW, Murphy KT, McKellar SR, et al. A systematic review, meta-analysis and meta-regression of the effect of protein supplementation on resistance training-induced gains in muscle mass and strength. British Journal of Sports Medicine. 2018.
- Schoenfeld BJ, Aragon AA. How much protein can the body use in a single meal for muscle-building? Implications for daily protein distribution. Journal of the International Society of Sports Nutrition. 2018.
- Areta JL, Burke LM, Ross ML, et al. Timing and distribution of protein ingestion during prolonged recovery from resistance exercise alters myofibrillar protein synthesis. Journal of Physiology. 2013.
- Jäger R, Kerksick CM, Campbell BI, et al. International Society of Sports Nutrition Position Stand: Protein and Exercise. Journal of the International Society of Sports Nutrition. 2017.
- Moore DR, Churchward-Venne TA, Witard O, et al. Protein ingestion to stimulate myofibrillar protein synthesis requires greater relative protein intakes in healthy older versus younger men. Journals of Gerontology. 2015.

